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Pour un 3ème mandat, Sassou se drape dans les habits de Merkel et de Junker

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Tribune libre


Le voyage à Washington pour le sommet Etats-Unis/Afrique aura été une formidable aubaine pour Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville de fendre l’armure et se jeter dans l’arène politique. C’est trop fort pour Sassou, l’homme d’Edou penda. Sa volonté de mourir sur le trône l’emporte sur toute autre considération. Une occasion aussi pour le tsar d’Oyo de s'emmêler les pinceaux des mécanismes institutionnels confondant ainsi régime présidentiel et régime parlementaire.


Sassou en campagne


Cela ne faisait déjà guère de doute, c’est devenu une certitude : Denis Sassou Nguesso sera bien candidat à sa propre réélection en Août 2016. Bien sûr, il ne l’a pas dit ouvertement ce samedi 2 Août 2014 sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). Toutefois, tout dans l’interview sur RFI le laissait transparaître et le suggérait. Comme souvent avec Sassou, le subliminal compte autant que l’explicite. Et, le subliminal, ce samedi 2 Août 2014 à Washington sur RFI pouvait se résumer ainsi : « J’y suis, j’y reste ». Désormais, Sassou a les yeux rivés vers Août 2016 et ne se fixe plus d’autres échéances d’importance d’ici là hormis les locales de septembre 2014 gagnées d’avance sur la base d’un recensement tronqué et un fichier électoral biaisé.


Comparaison n’est pas raison


Lorsque Sassou affirme sur RFI : « Je n’engage pas une polémique sur cette question-là. En Allemagne, lorsque les Allemands ont voulu d’un troisième mandat pour Madame Merkel, à cause de l’efficacité de son travail, le peuple allemand lui a donné un troisième mandat et pourrait encore peut-être lui en donner un quatrième. Le Premier ministre du Luxembourg [Jean-Claude Juncker, ndlr] est resté très longtemps [à son poste], c’est maintenant seulement qu’il va à la Commission de l’Union européenne. C’est la volonté des peuples. Il faut toujours l’interpréter comme ça et non pas le voir à travers quelque volonté de puissance. »


1. Il faut comprendre qu’il entend encore être là, lui Sassou, après 2016 et que la campagne, c’est maintenant. Pourquoi se met-il dans les jupons d’Angela Merkel et le costume de Jean-Claude Juncker pour justifier son coup de force constitutionnel ? Ignorance, confusion, mauvaise foi ?


L’Allemagne est une démocratie parlementaire comme le Luxembourg dont le chef du gouvernement, «  le chancelier », est le chef de la majorité parlementaire. Celui-ci peut être renversé par son parti comme ça l’a été pour Margaret Thatcher, que son propre parti a renversé au profit de John Major.


Aussi, le chancelier peut être remplacé à la suite d’un renversement de majorité au Bundestag. Dans l’histoire récente de l’Allemagne, il y a eu des chanceliers de l’Union chrétienne-démocrate CDU (Helmut Kohl, Angela Merkel, née Angela Dorothea Kasner) et des chanceliers du parti social-démocrate d’Allemagne SPD (Willy Brandt, Gerhard Schröder). La démocratie parlementaire dans son essence ne peut limiter les mandats exécutifs du chef de la majorité qui peut changer. C’est la raison pour laquelle Angela Merkel est à son 3e mandat. A la différence du Congo-Brazzaville, qui a été tour à tour, depuis son indépendance le 15 Août 1960, un régime présidentiel et un régime semi-présidentiel avec un président élu au suffrage universel lors d’un scrutin uninominal à deux tours pour un mandat successivement de cinq et sept ans renouvelable une fois.


Le peuple a bon dos


Sassou n’en a cure de la limitation du nombre de mandats : « Mais cela dépend de la volonté populaire. De toute façon, la Constitution, si elle doit être changée, elle ne peut l’être qu’à travers un référendum. Et s’il y a référendum populaire, je ne vois pas quelle est la force de la démocratie qui pourrait être déçue de la volonté du peuple exprimé par référendum » a-t-il dit.


Le peuple est convoqué à toutes les sauces pour assouvir la soif de pouvoir d’un homme : Sassou Nguesso. Deux mille francs CFA par personne, telle est la gratification pour qui assiste aux meetings du PCT. Ce sont ces figurants payés que Sassou appelle «  Peuple ». Ce dimanche 3 août 2014, le vrai peuple (le Congo profond) s’est réuni au Palais des Congrès à Brazzaville à l’appel des partis de l’Opposition. Capacité de la salle 1500. Or plus de 1000 personnes ont fait le déplacement. Ce peuple-là n’a pas eu besoin de casting comme sait le faire Pierre Ngolo lorsqu’il veut éviter d’être hué et conspué durant ses meetings de propagande sur le Boulevard des Armées.


Depuis Washington où Sassou est en train de délirer devant un certain club de la presse américaine corruptible, il a dû entendre la clameur de la population majoritaire qui dit non au changement de la Constitution du 20 janvier 2002. En professionnel de la manipulation, du mensonge et de la désinformation, il sait que pour réussir son putsch constitutionnel, il faut trois facteurs : rassembler son camp, affaiblir son opposition et soigner son image à l’international. C’est la stratégie mise en branle par Sassou, le PCT et les épigones du « chemin d’avenir » depuis quelques mois. C’est le moment pour l’opposition du Congo-Brazzaville de se réunir autour de Jean Luc Malékat, Philippe Youlou, Alexis Miayoukou, Benjamin Toungamani, Bienvenu Mabilemono, Noël Magloire Ndoba... pour contrer les visées machiavéliques de Sassou.


Benjamin BILOMBOT BITADYS


Article publié le mercredi 6 août 2014
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