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Congo

Le musée de la nausée

 

Le Congo attend toujours des infrastructures de poids : école, eau, électricité, hôpitaux, ponts, réseaux routier, logements, emplois, santé, liberté d’expression, libre circulation des idées, des choses et des hommes.


Comme réponse, Sassou-Nguesso, a fait, le 25 mai 2026, une offre d’une folle dinguerie : un musée national (« le premier », selon Jean-Claude Gakosso, depuis 1965). Exact. Mais à qui la faute si chez nous culture rime avec désert et, en l’occurrence si, ici, le capital culturel est géré comme une épicerie familiale ?


Depuis Rome, le pain, les jeux, constituent la ripaille offerte au peuple. Sous Sassou, les loisirs et l’alcool sont la principale industrie. Depuis Staline, l’architecture des dictatures marxisantes prône le gigantisme. Frustré par Kinshasa la belle, Brazzaville s’évertue d’ériger désormais ses « gratte-ciels » sur berges pour faire concurrence.


« Les bâtiments sont beaux ; c’est un joyau » congratulent les inconditionnels pour vanter une architecture néo-marxiste. Comme les tombeaux, ils sont beaux à l’extérieur, nauséeux à l’intérieur.


Urbanisme et tribalisme


C’est ici que se pose la problématique de la politique de la ville où le paquet est mis sur l’occupation ethnicisée de l’espace urbain. C’est le cas de (Ki)Mpila.


Ceci n’étant pas un hasard, le Musée National, bijou flambant neuf, est sorti des sables siliceux du 6ème arrondissement, Talangai. Le choix spatial poursuit à visage découvert une urbanisation à géométrie variable, une municipalisation accélérée permanente de Brazzaville Nord non sans se fiche de la construction sur des sols précaires comme le sable des plaines de Kintélé où les bâtiments de l’Université Denis Sassou-Nguesso sont en train de faire les frais pour cause d’érosion. Pourtant le principe écologique est formel : « on ne commande à la nature qu’en lui obéissant ». Or ici, la raison d’état obéit à... la conscience tribale.


Connaissant l’intérêt du gouvernement pour le tape-à-l’œil, le fantasque et l’impressionnisme, le musée de Talangaï est un superbe éléphant blanc, comme le stade de Kintélé (ainsi que les différents stades dispersés sur le territoire de la République), comme la déjà nommée Université Denis Sassou-Nguesso menacée par les sables mouvants, l’aéroport d’Ollombo, le barrage hydroélectrique d’Imbouilou, les Tours Jumelles de Mpila, le siège de la Cnss ainsi que d’autres projets comme le Port de Yoro, le Pont sur le Congo etc.


« La République est un cimetière d’éléphants où meurent au Pouvoir les dinosaures du Parti » raille une voix de l’Opposition.


Le contenu du musée


Somme toute, le « Louvre de Talangai », inspire un dégout général. A l’idée qu’on y rencontre des pièces anhistoriques, des figures mineures de la rumba nationale, le public a la nausée. L’Institution n’est pas à la hauteur des espérances. On s’attendait à des expositions permanentes d’œuvres importantes du patrimoine national. On a eu en prime un album photos de chantres du régime. Des jokers idéologiques « intra et extra muros » tapissent les murs ; Ce sont des Beethoven infatigables de la louange politique, des Picasso sots. Koffi de Kinshasa en est le Michael Jackson. « Ô rage ô désespoir » a gémi un internaute sur Facebook.


Le bâtiment stalinien de Talangai n’effacera pas en puissance symbolique les musées de Nkankata, Kinkala, Croix Koma où les structures magiques exposées brillent par leur historicité, leur authenticité et leur « efficace magique »


Voleurs de valeurs


Le pays regorge de valeurs. Jean-Claude Gakosso, ministre de la Culture ne convainc personne quand il barrit : « Ce bâtiment est en réalité une passerelle entre le passé, le présent et l’avenir. »


Le coupable, c’est Jean-Jacques Bouya, le Machiavel des Grands Travaux. Mais le cerveau du crime c’est Sassou. Les effets sont un naufrage. Plus il y a foule, plus les dingueries de Sassou culminent, fulminent, notamment devant le parterre d’invités étrangers venus célébrer la « Journée de l’Afrique, couplée aux 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) » devant lesquels il a promis l’absence de visas à tous les Africains du continent qui aspirent à se rendre au Congo-Brazzaville. Il est trop bon.


Des coquins et des copains


Précisément Jean-Claude et complices pèchent par égocentrisme. Une fois n’étant pas coutume, on ne les aura jamais accusés de chauvinisme s’ils avaient privilégié la carte nationaliste. Alors personne n’a compris les intrusions exogènes dans le vernissage. Que font notamment Fally Ipupa, Koffi Olomidé le voleur , Féré Gola dans ce musée « national » ? Espérons qu’il s’agit d’une exposition temporaire, car la postérité ne supporterait pas intra muros la présence de ces « valeurs » qui seraient des has been dans pas moins de cinq ans. En revanche nombre d’artistes nationaux, morts ou vifs, y sont décrétés persona non grata. La pudeur de gazelle des Conservateurs du Musée National a beaucoup affecté. Elle est visiblement née d’un principe de plaisir visant à satisfaire des phantasmes personnels et des mélomanies idolâtres. « Qu’ils aiment Koffi, c’est un fait. D’en faire une icône de l’art musical congolais, c’est fort de café coco » lâche, dégoûté, un influenceur. Koffi est certes un troubadour émérite de Sassou. Mais ça n’en fait pas un Henri Matisse de nos représentations immatérielles ! Où sont Passy, Frédy Massamba, Ballou Canta, Mwana Zama, Robert Massamba-Débat ? Pourquoi pas Gustavie Mbemba la coqueluche de l’heure.


« Quel déni historique identitaire ! » fulmine Adrien Houabaloukou, Président du parti CDI (Convention des Démocrates Indépendants), créateur de contenu politique et (sic) « faiseur de rois » de la diaspora.


Pour Gakosso, le musée est : « une école de ce qu’est l’amour du Congo, de ce qu’est la conscience nationale, de ce qu’est le panafricanisme. Il est un instrument de paix et de dialogue. » Foutaises !


Pachyderme dans un magasin de porcelaine, que sait Jean-Claude Gakosso de l’amour et la conscience nationale ? Après avoir provoqué le naufrage du pays et infligé des guerres aux populations qui se regardent désormais en chiens de faïence, ces finito ont l’outrecuidance de parler de passerelles pour l’avenir. Ils ne manquent pas de culot.


Message au monde


« En faisant aujourd’hui renaître de ses cendres son Musée national, le Congo envoie également un message à l’Afrique et au monde » Message flatteur au voisin outre-fleuve en affichant dans le Centre Georges Pompidou de Talangai, des portraits d’artistes de la RDC en omettant impudemment Ray Léma, binome musical de Sony Labou Tansi.


Et puis qui a jamais écouté Le Sassou du Congo avec ses messages équivoques sur la suppression des visas d’entrée au Congo, corroborant de facto un panafricanisme douteux. Qu’est-ce que ces solidarités qui flattent des amis de l’extérieur, affament ses propres compatriotes considérés ennemis de l’intérieur. En leur vendant sine die, illico presto des passeports de voyage moyennant 300.000 fca le document on leur prive ex abrupto la liberté de circulation.


Terre a tiers


« Un peuple qui protège son patrimoine, protège sa souveraineté » a blablaté le Ministre de la Culture. Balivernes !


Ils ont éructé « souveraineté nationale ». Mais à quand la souveraineté alimentaire, industrielle, économique, nationale du Congo lorsque, à l’égard du Rwanda, on signe des baux emphytéotiques qui où sont livrée des terres à des exogènes sans gène. « Qui a terre a guerre » préconisait Balzac. Quand on cède ses terres à un tiers, on se dote d’un passeport pour l’exil ou l’échafaud comme les Palestiniens déguerpis par les colons Juifs d’Israël.


Des « fermiers » Rwandais dans le Pool, le Niari, la Bouenza, cela procède de la stratégie Mouebara, territorialiste, visant le « grand remplacement » cher à Denis Sassou et Norbert Dabira.


Le 4 mars


La théorie « Mouébara », on en voit l’application dans le nouveau schéma directeur de Brazzaville où les quartiers nord catégorisent le « Tout pour le peuple » de Sassou entérinant au début des années 1970 la désaliénation du foncier par Marien Ngouabi. La chaleur du marxisme populiste avait à cette époque de la vulgate, si on ose dire, « fait concession aux masses laborieuses déshéritées. » Dorénavant à Mpila, Sassou déguerpit les masses pour les grand-remplacer par des bâtiments flambant neuf, inhabités, coquilles vides comme les ensembles érigés au lieu où explosa la caserne ECRAMU il y a 14 ans.


Par un cruel cynisme le Plan Mouébara n’a pas hésité d’effacer le « tout pour le peuple » de Mpila, zone d’occupation sauvage concédée à des compatriotes ethnicisés sous Marien Ngouabi dans les années 1970, rasée par Sassou le 4 mars 2012 par bombardement ciblé du secteur nord/est de la capitale.


L’objectif ? Créer une ville nouvelle pour laver le camouflet de la période coloniale qui dota les quartiers sud « d’équipements modernes » réduisant Poto-Poto à un vulgaire « grand village » (chanta Antoine Moundanda dans Nzéla ya Ndolo).


Certains sur les réseaux sociaux exigent les démissions de Gakosso et son ministre délégué Bahamboula. « Trop d’improvisations, trop d’amateurisme » déplore l’opposition. Mais démissionner ne fait pas partie des mœurs politiques locales. Bahamboula, joueur tricheur, Gakosso savant inculte sont des exécuteurs testamentaires. Le cerveau du crime culturel déploré Ici c’est Sassou. Bien entendu.


Notre musée sorti du chapeau par magie, poursuit indubitablement une obsession du Plan Mouébara qui consacre, entre autres alinéas, la culture mbochie au détriment de celle des autres. Les Tours Jumelles de Mpila ne portent pas par hasard linguistique le nom de baptême « Koumou na Péya » ; titre symbolique de la gémellité mbochi lato sensu.


Dans la dialectique urbaine, Talangai vise à doter Brazzaville Nord dune dimension moderne sans équivalent morphologique dans Brazzaville Sud. Alors le Musée a été érigé Talangai qui par un jeu de transfert tribaliques (Henri Lopes) compte métamorphoser les Brazzavilles Noires/Nord en Brazzaville Blanche (selon les catégories de Georges Balandier de l’école de Chicago ).


Mokilimbémbé


Une frénésie architecturale s’est emparée du PCT depuis peu. Pour une course contre la montre, il s’agit d’un combat d’arrière-garde. Car les temps sont comptés pour le régime qui, en passant, a lamentablement échoué dans la construction de la zone industrielle de Maloukou et dans le domptage du Pont route-Rail entre Kinshasa et Brazzaville, un serpent de mer, un Mokilimbémbé mythologique qu’on nous sort à chaque déconstruction pour faire diversion.


Thierry Oko




 


Article publié le Sunday, June 7, 2026