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Maroc

L’opposition impose le tempo et soumet la loi sur le Conseil de la presse à l’épreuve constitutionnelle

 

               La décision de saisir la Cour constitutionnelle au sujet du projet de loi portant réorganisation du Conseil national de la presse n’a rien d’un simple acte procédural. Elle marque un tournant politique et institutionnel majeur, qui a profondément réorienté le débat législatif. À l’initiative de l’opposition parlementaire, le texte a été soustrait à la logique de l’adoption accélérée et du rapport de force numérique, pour être placé sous le contrôle strict de la conformité constitutionnelle.                Ce basculement a privé le projet défendu par le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, de son principal levier : la maîtrise du calendrier. Pensé pour être adopté rapidement, le texte s’est transformé en un dossier complexe, désormais suspendu à l’appréciation exclusive de la Cour constitutionnelle, appelée à statuer à la lumière des principes, de la lettre et de l’esprit de la Constitution, indépendamment des équilibres politiques au Parlement.                La portée de cet épisode dépasse largement l’attente du verdict constitutionnel. Elle s’inscrit dans un contexte marqué par une contestation inédite du projet, dès son annonce. Le texte a suscité une opposition massive au sein de la profession, des réserves formulées par des institutions constitutionnelles ainsi que des mobilisations sur le terrain. Jusqu’à la saisine, ces critiques relevaient essentiellement du registre politique et corporatif. Leur traduction en recours constitutionnel a, en revanche, élevé le débat à un niveau institutionnel contraignant.                Dans ce cadre, l’opposition est parvenue à modifier les règles du jeu. En activant un mécanisme de contrôle constitutionnel, elle est passée d’une posture de dénonciation à une démarche de régulation institutionnelle, ralentissant la cadence gouvernementale et renchérissant le coût politique d’un texte touchant à un domaine hautement sensible : la liberté de la presse et l’autonomie de son autorégulation. Le débat s’est ainsi déplacé des intentions proclamées de réforme vers l’examen de la conformité du projet aux garanties constitutionnelles fondamentales.                 Même si la Cour venait à valider le texte, le gouvernement ne pourrait en revendiquer une victoire pleine et entière. La procédure engagée ouvre la voie à l’invalidation de dispositions controversées, à l’imposition de réajustements substantiels, ou à une interprétation constitutionnelle restrictive limitant les marges d’application du projet. Autant d’éléments qui placent le ministre concerné face à une épreuve institutionnelle délicate, susceptible de redéfinir les contours de l’intervention de l’exécutif dans un secteur qui requiert indépendance et protection juridique.               En définitive, il ne s’agit pas d’un triomphe politique de l’opposition, mais d’un succès stratégique : celui d’avoir interrompu une dynamique, imposé le temps long de la Constitution face à l’urgence politique, et rappelé que les lois touchant aux libertés fondamentales ne peuvent être imposées ni par la précipitation ni par la seule majorité parlementaire. Une séquence révélatrice, au-delà de ce projet précis, de la manière dont les réformes sensibles devraient être conduites dans un État de droit.





 


Article publié le Wednesday, June 3, 2026