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Kirghizistan : la chaîne de télévision Aprel fermée manu militari, un coup porté au pluralisme des médias | RSF

La chaîne de télévision d’opposition Aprel a été fermée le 9 août par les forces spéciales kirghizes. Reporters sans frontières (RSF) proteste contre cette atteinte à la liberté de la presse et demande la remise en service de la chaîne.
Ce sont des hommes armés, casqués, masqués et en treillis que les journalistes d’Aprel ont vu surgir dans leurs bureaux, le 9 août vers 20 heures à Bichkek, la capitale du Kirghizistan. Les forces spéciales ont contraint les employés de la rédaction à quitter les lieux en un quart d’heure, avant de placer les locaux sous scellés. Les journalistes poursuivent malgré tout la diffusion sur Internet.



Les autorités expliquent que cette mesure conservatoire s’inscrit dans le cadre du gel des avoirs du propriétaire d’Aprel, l’ancien président de la République Almazbek Atambaïev, poursuivi pour corruption et arrêté le 8 août. D’après le ministère de la Culture, la fermeture forcée du média ne serait liée ni à son contenu journalistique, ni à ses critiques des autorités actuelles. Mais Aprel rappelle que la diffusion télévisée de la chaîne a été interrompue dès le 7 août, alors qu’elle couvrait en direct la première tentative des forces de l’ordre d’arrêter l’ancien président.



“L’enquête ouverte sur les avoirs d’Almazbek Atambaïev ne saurait justifier une telle atteinte à la liberté de la presse, d’autant plus qu’Aprel n’est pas accusée d’avoir enfreint la loi, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Nous appelons les autorités à revenir sur cette mesure disproportionnée et à protéger le pluralisme des médias.”



Une quinzaine d’associations, de médias et d’experts kirghizes ont dénoncé dans un communiqué commun “l’erreur fatale” des autorités à l’égard d’Aprel, soulignant que “la possibilité de lire ou d’entendre des informations émanant de n’importe quelle source” était un des principaux acquis des révolutions de 2005 et 2010. Le pluralisme des médias kirghizes “a toujours distingué le pays de ses voisins et lui vaut une meilleure place dans les classements internationaux que tout le reste de l’Asie centrale”, rappellent-ils.



Le Kirghizistan est le théâtre d’une importante crise politique opposant le président actuel à son prédécesseur. Ce dernier a été placé en détention provisoire le 8 août, au terme d’un second assaut des forces de l’ordre contre son domicile. Les affrontements entre les forces spéciales et les partisans d’Almazbek Atambaïev, venus défendre sa résidence, se sont soldés par un mort et une centaines de blessés. Des faits qui valent désormais à l’ancien président d’être soupçonné de tentative de coup d’Etat.



Le Kirghizistan occupe la 83e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.


Article publié le mercredi 14 août 2019