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RSF exige une enquête indépendante sur le meurtre du journaliste indien Amit Topno | RSF

Retrouvé mort il y a un mois, Amit Topno était notamment connu pour ses reportages qui dénonçaient les abus des autorités contre les membres de sa communauté ādivāsīe. Face à l’impasse dans laquelle se trouve la police locale, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités indiennes la mise en place d’une enquête indépendante. Un mois après, l’enquête est toujours au point mort. Le 9 décembre dernier, le corps sans vie d’Amit Topno a été retrouvé au bord d’une route de l’Etat du Jharkhand, dans l’est de l’Inde. Le journaliste a été abattu de deux balles, l’une dans l’épaule, l’autre en pleine tête. Pas de trace de lutte, pas la moindre égratignure… Même son argent a été retrouvé sur lui.



“A priori, il s’agit d’un meurtre prémédité”, a d’abord avancé un responsable du poste de police local de Doranda. Un mois plus tard, c’est à peu près tout ce qu’a pu confirmer à RSF un officier de la police de Ranchi, la capitale régionale, en charge de l’enquête : “Nous manquons d’indice. Nous n’avons retrouvé ni son téléphone, ni sa voiture, ni sa carte d’identité.”



“Soit la police est incompétente, soit elle ne dit pas tout”, explique pour sa part Deepak Bara, coordinateur du site participatif Video Volunteers au Jharkhand, qui a longtemps travaillé avec Amit Topno, lequel était aussi le correspondant de NewsCode et OK Times dans son district de Khunti. “Il ne nous a fait part d’aucune menace, précise à RSF Jessica Mayberry, la fondatrice de Video Volunteers. Mais il couvrait essentiellement des sujets polémiques, qui avaient une grande visibilité dans les médias en hindi.” Mines illégales, trafics d’être humains, contrebande d’alcool, discriminations ethniques… Le reporter avait acquis la réputation d’être un enquêteur pugnace, toujours prompt à dénoncer les injustices qui frappent sa communauté.



“Il est clair que les enquêtes d’Amit Topno dérangeaient et, en l’absence de tout mobile, il est grand temps que les enquêteurs privilégient l’hypothèse d’un meurtre lié à son travail de journaliste, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Face à l’inertie de la police locale, nous appelons les autorités indiennes à mettre immédiatement en place une équipe spéciale pour mener une enquête indépendante et identifier au plus vite les coupables de ce lâche assassinat.”

 

Sujets sensibles

 

Entre autres sujets sensibles, Amit Topno couvrait l’intensification du conflit qui oppose les autorités locales aux mouvements d’émancipation de la minorité ādivāsīe, qualifiée par l’Inde de “tribu répertoriée”. Ce statut permet en principe à ses membres de bénéficier d’avantages spéciaux pour lutter contre les discriminations.

 

En tant que membre de cette communauté, Amit Topno couvrait depuis plusieurs mois le mouvement Pathalgadi, qui consiste, pour les Ādivāsīs, à élever dans les villages des stèles sur lesquelles sont inscrits les articles de la Constitution indienne relatifs aux “tribus répertoriées”. Des articles régulièrement bafoués par les autorités, notamment depuis la découverte d’or dans le district où travaillait Amit Topno, comme l’a expliqué à RSF Deepak Bara. Une découverte qui a attisé la convoitise des autorités locales.

 

Vérité compromettante ?

 

A ce titre, les deux journalistes s’intéressaient à une affaire de viol collectif intervenue dans le district de Khunti en juin 2018. Sans preuve, la police locale avait immédiatement accusé plusieurs leaders du mouvement Pathalgadi pour les arrêter et les emprisonner. Selon Deepak Bara, “la police a empêché les victimes de parler aux journalistes et aux ONG. Amit était persuadé que ce viol collectif était une conspiration imaginée par les autorités locales pour décrédibiliser le mouvement Pathalgadi”. Le journaliste avait-il approché de trop près une vérité compromettante ? Seule une enquête parfaitement indépendante peut lever toute incertitude sur cette affaire.

 

Il y a moins de trois mois, dans le même État du Jharkhand, un autre journaliste, Chandan Tiwari, avait été battu à mort pour avoir enquêté sur une affaire de corruption dans son district de Chatra.

 

En juillet dernier, RSF a déclenché une “procédure d’alerte” sur la place de l’Inde au Classement mondial de la liberté de la presse dans la prochaine édition. Le pays est aujourd’hui classé 138e sur 180.


Article publié le mercredi 9 janvier 2019