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“Prison à vie aggravée” : quand la Turquie s’acharne contre trois célèbres journalistes | RSF
Les célèbres journalistes Ahmet Altan, Mehmet Altan et Nazlı Ilıcak sont jugés en appel à partir du 21 septembre. Si le tribunal confirme la peine prononcée en première instance, ils finiront leurs jours derrière les barreaux, dans des conditions d’isolement drastique. “Prison à vie aggravée” : c’est à la plus sévère des peines prévues en droit turc qu’ont été condamnés les célèbres journalistes Ahmet Altan, Mehmet Altan et Nazlı Ilıcak en février. Après une audience préliminaire en juin, leur procès en appel se poursuit ce 21 septembre 2018 : si le tribunal régional d’Istanbul confirme cette sentence, les célèbres journalistes finiront leurs jours en prison, dans des conditions d’isolement renforcées, sans possibilité de permission ni d’amnistie. Ils sont respectivement âgés de 68, 65 et 74 ans.



La loi turque sur l’exécution des peines précise que le condamné à la prison à vie aggravée est placé en cellule individuelle. Ses proches parents ne peuvent lui rendre visite qu’une heure tous les quinze jours et lui parler au téléphone dix minutes tous les quinze jours. Le détenu ne peut quitter la prison sous aucun prétexte. Tout juste peut-il être traité en chambre d’isolement dans un hôpital d’État s’il souffre de problèmes de santé qui ne peuvent être pris en charge à l’hôpital pénitentiaire.



Arrêtés en septembre 2016, les frères Altan et Nazlı Ilıcak ont été reconnus coupables un an et demi plus tard d’avoir “tenté de renverser l’ordre constitutionnel”. En cause, leurs activités journalistiques, et notamment leurs critiques des autorités au cours d’une émission de télévision diffusée la veille de la tentative de putsch de juillet 2016. Marqué par de multiples violations procédurales, leur procès a fait l’impasse sur un arrêt contraignant de la Cour constitutionnelle, selon lequel la détention de Mehmet Altan constituait une violation injustifiée de ses droits. Ce n’est qu’après six mois de résistance que la justice a fini par remettre Mehmet Altan en liberté sous contrôle judiciaire, en juin. Mais il retournera en prison si sa peine est confirmée en appel.



“Placer les frères Altan et Nazlı Ilıcak dans les conditions de détention les plus sévères qui soient relève de la vengeance politique pure et simple, souligne Christophe Deloire. Il est grand temps de mettre fin à cet acharnement qui déshonore la Turquie. La cour d’appel doit impérativement tenir compte des arrêts rendus par la Cour constitutionnelle et la Cour européenne des droits de l’homme dans cette affaire, et acquitter les trois journalistes.”



La Turquie occupe la 157e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2018 par RSF. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique après la tentative de putsch de juillet 2016 : de nombreux médias ont été liquidés sans aucun recours effectif, les procès de masse se succèdent, et le pays détient le record mondial du nombre de journalistes professionnels emprisonnés.


Article publié le vendredi 21 septembre 2018
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