Actualités : Niger

La Banque Mondiale va appuyer le Gouvernement dans la réalisation de sa Vision Niger 2035 | Tamtaminfo
La Conférence d’un Niger renaissant pour un peuple prospère s’est tenue les 13 et 14 décembre 2017 à Paris. Elle a permis d’enregistrer des annonces record pour le financement de la mise en œuvre du Plan de développement économique et social (PDES) 2017-2021. En tant que partenaire du Niger, quelles sont vos appréciations par rapport à un tel succès ?

Le succès de la Conférence était à la hauteur des efforts déjà déployés par les autorités nigériennes avec l’appui de l’ensemble des partenaires au développement dans le cadre des réformes qui produisent aujourd’hui des résultats tangibles, notamment en termes de croissance forte et inclusive.



C’est pourquoi les partenaires du Niger n’ont pas hésité à saisir cette occasion pour réaffirmer leur confiance dans la trajectoire économique empruntée par le pays. En tant qu’Administrateur pour le Niger à la Banque mondiale, je ne peux que m’en réjouir. Souvenez-vous que 23 milliards de dollars ont été promis par les bailleurs de fonds publics et privés, soit un surplus de 35% par rapport à l’objectif de 17 milliards de dollars fixé au départ.

Quelle analyse portez-vous sur le document du PDES 2017-2021 ? Quel regard portez-vous sur sa méthodologie, son élaboration, ses objectifs ?

Le point de départ est la Vision 2035. De cette vision découle un premier plan quinquennal qui est PDES 2017-2021 et qui intègre sur cette tranche les objectifs de développement durable (ODD). La Vision 2035 a été méticuleusement pensée et réalisée pour servir ces deux importants paramètres (PDES et ODD) de la politique de développement du Niger.

La Banque mondiale adhère totalement aux objectifs poursuivis par le PDES 2017-2021 à savoir, renforcer le capital humain, transformer le monde rural, améliorer la gouvernance, promouvoir la paix et la sécurité ainsi qu’une gestion durable de l’environnement afin de réduire la pauvreté extrême et promouvoir une croissance solidaire.

Quelle sera la contribution de votre institution dans la mobilisation des ressources annoncées pour le financement du PDES 2017-2021 ?

Lors de la conférence, le Groupe de la Banque mondiale, dans son rôle de catalyseur des efforts financiers de la communauté internationale, a annoncé un engagement record de 2,5 milliards de dollars destinés à aider le Niger à mettre en œuvre son PDES. Pour ce qui concerne la mobilisation de l’ensemble des ressources annoncées, vous n’êtes pas sans savoir que la Banque mondiale était aux côtés du Niger dans tout le processus et à toutes les étapes de l’organisation de la Conférence.

Ce sera certainement le cas dans la suite. En effet, le but est d’assurer la disponibilité et l’utilisation judicieuse des ressources pour la mise en œuvre du PDES. Le but ultime est de réduire significativement la pauvreté et de promouvoir la prospérité partagée au Niger grâce à une meilleure redistribution des fruits de la croissance tenant compte des couches les plus pauvres de la population.

Comment votre institution pourrait-elle collaborer avec le Niger pour la transformation et la modernisation du monde rural ?

Un des objectifs du PDES est de transformer le monde rural. Au stade de développement actuel des pays africains, une réduction significative de la pauvreté ne peut être possible sans une amélioration perceptible des conditions de vie des populations rurales qui constituent plus de 60 à 70% des populations de nos pays. Les populations rurales demeurent les plus pauvres et sont le plus souvent «sans avoir, sans savoir et sans pouvoir ».

Dans ces conditions, la transformation et la modernisation du monde rural n’est pas une option. C’est un impératif.

Au titre de l’IDA18, les objectifs de la Banque mondiale dans le secteur rural portent sur (i) l’augmentation de la valeur ajoutée dans la chaîne de valeur de l’agriculture et du pastoralisme ; (ii) le développement des compétences et de l’innovation pour la création d’emplois et ; (iii) la sécurité alimentaire couplée avec la résilience au changement climatique.

Dans ce cadre, il s’agit notamment d’intensifier la mécanisation de l’agriculture et d’introduire dans le monde rural toutes les nouvelles technologies qui permettent de transformer l’agriculture depuis le champ jusqu’au marché en passant par bancarisation des producteurs, la gestion des stocks, l’utilisation des intrants, le transport des marchandises, etc.

Le Niger a fait d’importants progrès dans l’amélioration du climat des affaires. Comment le Niger peut-il tirer avantage de son avancement dans le classement Doing Business de IFC pour mieux renforcer son secteur privé et attirer des investisseurs étrangers de qualité ?

Comme vous le savez, la démarche Doing Business est basée sur la promotion des réformes assurant de  bonnes réglementations qui améliorent l’ environnement dans lequel les investisseurs privés peuvent créer et exercer leurs activités dans de bonnes conditions de sécurité, d’efficience et de rentabilité de leurs investissements, afin de contribuer à la création d’emplois, à la croissance et au développement économique.

Les progrès réalisés dans ce domaine depuis quelques années par le Niger ne manqueront pas d’attirer de nouveaux investissements privés.

Le succès de la Conférence de Paris en ce qui concerne le secteur privé est un bon indicateur de cette confiance. Le secteur privé a en effet promis des investissements à hauteur de 10,3 milliards de dollars sur la période du PDES, soit presque autant que les bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux réunis.  Ce que nous souhaitons c’est que le Niger maintienne le cap sur les réformes avec l’appui de la Banque et des autres partenaires.

Le développement du secteur privé s’ensuivra nécessairement. Nous continuerons de pousser la Banque à accroitre son appui au Niger dans ce sens, comme en témoigne récemment la visite du vice-président pour l’Afrique et le Moyen Orient d’IFC.

Avez-vous des mécanismes spécifiques pour mieux appuyer le secteur privé nigérien ?

La Société financière internationale (IFC) qui est la branche du Groupe de la Banque mondiale en charge du secteur privé a fait de l’Afrique subsaharienne et des pays fragiles en particulier sa principale cible pour l’appui au développement du secteur privé. Dans ce cadre, le Niger bénéficiera de plus en plus d’attention de la part de cette institution, notamment dans le cadre du guichet « secteur privé » de l’IDA18. Ce guichet dispose de 2,5 milliards de dollars qui devront permettre à l’IFC et au MIGA (l’autre branche chargée d’apporter des garanties pour faciliter l’investissement privé) d’augmenter leurs engagements dans un pays comme le Niger.

Il convient de souligner également qu’IFC a mis en place un nouveau fonds d’assistance technique de 265 millions de dollars sur trois ans, pour aider à créer des marchés et des opportunités d’affaires dans les pays IDA dont le Niger. Ce fonds renforcera les capacités des acteurs publics et privés en vue d’améliorer l’environnement des affaires et faciliter la mobilisation de financements privés dans ces pays.

Tous ces efforts sont le fruit de notre insistance sur la nécessité que les institutions du Groupe de la Banque mondiale ayant la responsabilité de promouvoir le secteur privé doivent accroître leurs activités en Afrique. En tant qu’Administrateur pour le Niger et 22 autres pays africains nous essayons d’amener ces institutions à orienter le maximum de ressources possibles vers les pays que nous représentons. Car le développement ne se fera pas sans l’essor du secteur privé.

Quels sont les défis à relever pour assurer une réalisation efficace du PDES 2017-2021 ?

Les défis à relever pour assurer une bonne réalisation du PDES sont multiples. Pour ne citer que quelques-uns, je dirais qu’ils sont d’ordre financier et de capacité de  mise en œuvre. Comme je l’ai mentionné tantôt, il faut arriver à mobiliser rapidement toutes les promesses de financement qui ont été faites mais aussi les moyens propres du Niger. Il faudra également mobiliser les capacités techniques pour la réalisation des projets et des programmes. Les obstacles de mise en œuvre sont inhérents à l’exécution de tout projet ou programme.

Mais le Niger a déjà fait ses preuves dans tous ces domaines en mettant ensemble aussi bien les ressources financières, humaines et techniques nationales et celles des partenaires pour atteindre les objectifs poursuivis. Les résultats des réformes menées récemment en témoignent. Le succès de la conférence de Paris en témoigne également.

Le mot de la fin ?

Les autorités nigériennes font beaucoup d’efforts pour lutter contre la pauvreté et développer l’économie de manière durable et inclusive. Un certain nombre de réformes mises en œuvre notamment avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale portent déjà leurs fruits.

Le PDES est en bonne voie pour consolider les acquis et ouvrir les perspectives vers le « Niger que nous voulons dessiner à l’horizon 2035».

Le PDES est également la preuve d’un engagement des autorités à poursuivre dans cette lancée. En tant qu’Administrateur pour le Niger, je me suis également engagé à faire en sorte que la Banque appuie sans discontinuer le Gouvernement dans la réalisation de sa Vision Niger 2035.





 

 

Administrateur Seydou Bouda

Seydou Bouda est Administrateur au Groupe de la Banque mondiale depuis le 1er novembre 2016. A ce titre il y représente le Burkina Faso et 22 autres pays africains (le Bénin, le Cameroun, le Cabo Verde, la Centrafrique, les Comores, la République du Congo, la République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, Djibouti, le Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée Equatoriale, Madagascar, le Mali, l’Ile Maurice, la Mauritanie, le Niger, Sao Tomé et Principe, le Sénégal, le Tchad, et le Togo). M. Bouda est diplômé de l’Ecole nationale d’administration (Paris/Strasbourg), Promotion Erasme. Il est titulaire d’un DESS en économie du développement de l’Université de Montpellier I (France). Il a également poursuivi des études, entre autres, en sociologie (Université de Ouagadougou), en prospective et stratégie des organisations (Conservatoire national des arts et métiers, Paris, France) et en leadership public (Harvard Kennedy School, Cambridge, Massachussetts, Etats-Unis).


Article publié le mercredi 11 avril 2018
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