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Jean-Pierre FABRE, leader d’une opposition démocratique d’une dictature africaine est à Paris
Jean-Pierre FABRE, leader d’une opposition démocratique d’une dictature africaine est à Paris – 4 avril 2017 Jean-Pierre FABRE, leader  d’une opposition démocratique d’une dictature africaine est à Paris

 

Un des leaders d’une opposition démocratique d’une dictature africaine est à Paris ce dimanche 26 mars, le ‘chef de file de l’opposition’ togolaise, Jean-Pierre Fabre. Il a failli en croiser un autre, Jean Ping. Le débat est organisé par la fédération Internationale Europe-Asie de son parti, l’ANC. J’arrive pour le débat après la première intervention qui sera ensuite publiée sur le site de l’ANC.

Dans ce discours, Jean-Pierre Fabre insiste sur une des priorités actuelles, « le processus de décentralisation et le calendrier des élections locales » promises il y a déjà 12 ans. Il revient également sur la mascarade présidentielle de 2015, le rôle de la CENI et sa « proclamation de résultats non délibérés en plénière et donc « sans aucune base légale » selon la mission d’expertise électorale de l’UE ».

Concernant les réformes institutionnelles bloquées depuis l’Accord politique global de 2006 (APG), l’ANC vient aussi de recevoir la réponse à sa « requête demandant à la Cour Constitutionnelle, d’enjoindre l’Assemblée nationale de mener à son terme la procédure d’examen et d’adoption des propositions de loi de révision constitutionnelle, abusivement interrompue et gelée ». Il dénonce la Commission nationale de réflexion sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles crée par Faure Gnassingbé, « dans le but évident d’enterrer l’APG et de s’offrir d’autres moyens de s’accrocher au pouvoir. »

Puis, Jean-Pierre Fabre dénonce les atteintes aux droits humains et la répression des dernières manifestations, comme les atteintes à la liberté de la presse.

Lors du débat, la diaspora revient sur la présidentielle de 2015, et la stratégie de l’ANC. Jean-Pierre Fabre reprend avec quelques détails l’historique impliquant le Collectif Sauvons le Togo (CST) et la coalition Arc-en-ciel, aux législatives de 2013, quand ils y « sont allés sans préparation ». Il admet déçu : « on a travaillé avec des gens avec qui on n’aurait jamais dû travailler », sans donner de nom.

En 2015, « la candidature unique était prévu s’il n’y avait pas de réformes », et « l’Arc-en-ciel a choisi un candidat ». Selon lui, « la candidature unique permet au pouvoir de diviser l’opposition », comme un « Plus Grand Commun Diviseur (PGCD) de l’opposition ».

Il revient sur la réunion avec Alassane Ouattara et John Dramani Mahama qui sont venus sortir Faure Gnassingbé vainqueur par magie des compilations de la CENI. Faure Gnassingbé avait placé comme interprète Anglais-français du président ghanéen une chargée de mission de la présidence pour espionner.

Concernant le général Sangaré et l’OIF, il explique que « maintenant, l’OIF ne veut plus faire d’observation, et veut aider à établir des fichiers électoraux en travaillant sur l’état civil ».

Sur les élections locales, Jean-Pierre Fabre explique : « tout est flou », « si on se soulève pas, il n’y aura rien, … il faut que le togolais se soulève », « je ne peux parler que du vote », « l’article 150 (de la constitution) donne le droit de soulever ». Il précise : « mobilisation et élections, c’est les deux à la fois », il n’y a « pas d’impasse sur les élections », « la lutte n’est pas une question de réforme ou pas ». Il préfère ne pas parler de tout concernant la stratégie, en évoquant un point de départ en 1998.

Le débat est aussi abondant en critiques, ce qui l’oblige aussi le politicien à être souvent dans une position défensive. Les multiples échecs des démocrates au Togo depuis 1990 marquent sans doute les esprits. Jean-Pierre Fabre évite-t-il d’essayer de résoudre la quadrature du cercle togolais en « combattant incompris » ?

Pendant le pot, je signale au leader de l’opposition que j’ai récemment découvert (cela sera expliqué dans une étude pas encore publiée) que le Togo était, grâce à la famille Gnassingbé, recordman d’Afrique des coups d’état électoraux, c’est-à-dire des processus électoraux avec inversion du résultat au moment de la compilation des procès-verbaux et de la publication du résultat national. En effet, le Togo a déjà connu 4 inversions de résultats en 1998, 2003, 2005 et 2010, soit un tiers des 12 coups d’état électoraux lors de présidentielles, répertoriés dans toute l’Afrique depuis début 1990. Un coup d’état électoral n’est pas en soi pire qu’un processus électoral détourné en amont, mais ce record d’Afrique togolais devrait tout de même attirer l’attention.

Mohamed Ibn Chambas, représentant du secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest, connu comme soutien de Faure Gnassingbé, voit aujourd’hui dans la chute de Jammeh en Gambie, « le début d’une nouvelle ère » grâce à la « diplomatie préventive régionale ». Il est peut-être temps pour lui de se souvenir du besoin d’une  limitation à deux mandats dans la constitution au Togo, puisque la Gambie et le Togo restent les deux seuls pays d’Afrique de l’Ouest sans limitation. Aujourd’hui Faure Gnassingbé se retrouve seul chef d’Etat concerné et le rôle de la « diplomatie préventive régionale » serait de faire pression sur Faure Gnassingbé pour qu’il respecte enfin les réformes de l’Accord politique global de 2006, pour sortir enfin de « l’injonction paradoxale togolaise ».

Régis Marzin,  le 4 avril 2017


Article publié le mercredi 5 avril 2017
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