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Maroc - Khalid Gueddar, dessinateur : "Certains intégristes sont prêts à passer à une action violente" - JeuneAfrique.com

Depuis lundi, le caricaturiste marocain Khalid Gueddar est la cible de menaces de mort sur Facebook après qu’il a partagé sur son compte personnel un dessin qui a motivé l’assassinat, la veille à Aman, de l’écrivain jordanien Nahed Hattar.




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« Votre sort, c’est la mort et l’égorgement, vous êtes l’ennemi de Dieu. » Voici la menace qu’a reçu sur son compte Facebook le caricaturiste marocain Khalid Gueddar. Depuis qu’il a partagé sur son compte personnel, en guise d’hommage posthume, le dessin jugé blasphématoire qui a valu à l’écrivain jordanien Nahed Hattar d’être assassiné par balles dimanche 25 septembre à Aman, le directeur de la revue satirique Baboubi fait l’objet d’inquiétantes menaces de mort. Il a décidé de demander une protection aux autorités marocaines.

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Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de publier cette caricature  sur votre compte Facebook ? L’écrivain jordanien Nahed Hattar, qui n’en est pourtant pas l’auteur, a été assassiné pour l’avoir publiée cet été sur les réseaux sociaux. Vous connaissiez le risque…

Khalid Gueddar : Ça m’a rappelé la tragédie de Charlie Hebdo : qu’un dessin arrive à provoquer l’assassinat d’un écrivain, c’est très grave ! C’est pour cela que j’ai republié le dessin. Mais je l’ai fait sur mon compte Facebook personnel, pas dans le journal. D’ailleurs je n’ai pas accompagné la publication d’un commentaire personnel, mais d’une citation de Charb (qui dit : « Je n’ai pas l’impression d’égorger quelqu’un avec un feutre. Je ne mets pas de vies en danger. Quand les activistes ont besoin d’un prétexte pour justifier leur violence, ils le trouvent toujours », ndlr).

Quelle a été la nature des menaces que vous avez reçues et par quelle voie vous ont-elles été adressées ?

J’ai reçu des menaces de mort sur mon compte Facebook. Il y a eu beaucoup de réactions de mécontentement que je n’ai pas considéré comme étant sérieuses. Mais quand on a commencé à me menacer de mort, j’ai contacté la police, puis mon avocat afin de porter plainte. Il faut faire quelque chose. Les Marocains ne sont pas en sécurité avec des gens comme eux. On voit bien qu’il y a une tendance au radicalisme sur internet et si on ne fait rien, ils passeront un jour à l’action.



Est-ce la première fois que vous êtes ainsi menacé ?

Oui, absolument. Avant, ça ne dépassait pas l’insulte. Mais aujourd’hui il y a des intégristes très actifs sur les réseaux sociaux dont le travail est de maintenir les gens dans la peur afin qu’on ne s’exprime pas comme on le souhaite. Le Maroc est un pays calme aujourd’hui, mais il y a quand même des intégristes qui sont prêts à passer à l’action violente. Je veux donc savoir qui sont ces gens qui profèrent d’aussi graves menaces. Je veux savoir pourquoi ils font cela.

Les autorités marocaines parviennent-elles à remonter aux personnes qui se cachent derrière ces profils ?

Oui. Elles en ont certainement les moyens en tous cas. Dans le passé, elles ont déjà procédé à des arrestations de jeunes qui avaient partagé des dessins jugés offensants… Les autorités font aujourd’hui leur travail dans la lutte contre le terrorisme. Mais depuis l’arrivée du PJD au pouvoir, il y a plus d’attaques intégristes sur les réseaux sociaux. Dès que vous donnez votre avis, vous vous trouvez face à des bandes de barbus très bien organisées qui détruisent Facebook.

 


Article publié le mercredi 28 septembre 2016
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